La victoi-
re & triumphe d’Ar-
gent contre Cupido
dieu d’Amours n’a
guieres vain-
cu dedans
Paris.
m. d. xxxvii.
On les vend a Lyon chez Francoys Juste pres nostre Dame de Confort.

 

Table des matières

A ij

1. La Victoire, & Triumphe d’Argent contre Cupido dieu d’Amours n’aguieres vaincu dedans Paris.

[figure]
Au moys de may Amour prit ses sagettes,
Pour venir veoir ses subjectz & subjectes
Dedans Paris, & toute la province,
Ainsi que doibt & veult faire un bon prince,
Luy arrivé en sa cholere monte,
Car plus de luy dames ne tenoient compte :
Dont descocha son arc, dressant ses æless
Contre plusieurs dames & damoyselles.
Pour mieulx tirer ses deux yeulx desboucha
Tout despité, mais son traict reboucha [Page]A ij
Contre leurs cueurs, sans faire playe aulcune,
Et s’il en feit ce fut seulement une.
Il eut recours a ses ardens flambeaux,
Et leur lanca par moyens fins & beaulx :
Mais quand du cueur vidrent saisir la place
Furent estainctz quasi plus froidz que glace.
Ce dieu voyant sa debile foyblesse,
Qui ne guerist plus les cueurs, ny les blesse,
Se retira (prins de douleur amere)
Conter le cas devers Venus sa mere.
Qui luy respond, que sus Parisiennes
Avoyt perdu ses vertus anciennes :
Car pour leur dieu d’Amours & pour regent
Avoient receu un que lon nomme Argent.
Qui a muny leurs cueurs de fortes armes,
Pour abolir tous amoureux alarmes.
Ce faict ouy de sy grande importance
Precipite de dueil & d’inconstance,
Ce jeune enfant hardy vint deffier,
Le nouveau dieu superbe, & tant fier :
Et luy livra (apres mainte querelle)
D’armes le choix avec guerre mortelle.
Mais cest Argent qui a l’homme impossible :
Rend a Paris maintes choses possibles,
Gaingna le camp, ruant Amour par terre, [Page]A iij
Et le vainquyt par non pareille guerre.
Et non content de si roide secousse
Luy arracha traictz, arcz, aelles, & trousse :
Et pour l’honneur de venus la Deesse
Ne luy voulut faire plus griefve oppresse.
Doncq quand Argent eut sus Amour victoire
Et prins captif dedans son territoire,
Il commenca a parler fierement,
Et le blasmer fort temerairement :
Disant ces motz. Garson plein de cautelle
As tu aulé par rigueur si rebelle
Me deffier : qui monstre par effect
Que faire puis le faict & le deffaict ?
Cil qui jadis desploya estendars
Contre ta force & tes amoureux dards.
Fut il si sot de vouloir tant mesprendre
Que sus mon droict sefforcast entreprendre ?
Pour t’abolir sceust remede adresser,
Mays contre moy il n’ausa l’oeil dresser,
Cruel enfant conduict par promptitude
Congnoys tu poinct ta grande ingratitude ?
Je te supply responds ce qu’il t’en semble :
Sceuz tu jamais joindre deux cueurs ensemble
Que je ne fusse en cest accord compris,
Et pour moyen le plus apparent pris ?
[Page]
A iij
Mais scauroys tu ce me dementir ?
Certes nenny, sy ne vouloys mentir.
Mes chenes d’or, Rubbiz & Diamans
Ont plus valu (pour jouir) aux amantz
Que tes fins tours, tes fleches, & tes arts.
Je n’entends pas du temps que pour fleurettes
Humbles pasteurs jouissoient damourettes,
Petit trompeur de finesse la bonde
Qui as deceu & le ciel & le monde.
Tu as induyct Jupiter & les dieux
Icy descendre & delaisser les cieulx,
Et pout jouir d’humaines creatures
Prendre & vestir des bestes les figures.
Par tes flambeaulx & fleches venéneuses.
Maintz ont souffert tes ardeurs oultrageuses.
Les contraignant de jouster a oultrance
Dedans tournoys donnantz grands coups de lance
Et assaillir villes chasteaux & tours
Pour seulement jouir de leurs amours.
Languir faisoys les pauvres amoureux
Troys & quatre ans tristes & langoureux,
Mays maintenant par ma grande puissance
Sans les navrer leurs donne jouissance :
Et sy les puys tellement dispenser
[Page]
A iiij
Qu’ilz jouiront souvent sans y penser,
Car n’ont esguard dames aux gens honnestes
Ny aux vertus prieres & requestes.
Mays il souffit pour avoir bon recueil
Qu’on ne presente au lieu de bon acueil
Un laid quinault qui jamays n’auroyt veu
Et qui n’aura ny parentz ny adveu
En me livrant plustost en jouyra
Qu’un saige amant qui par tes arts ira
Et un varlet me donnant a congnoistre
Aura la dame aussi tost que le maistre.
Tu t’es jadis loué des pauvres sottes
Ainsy que font enfantz de leur pellotes
Tant les faisoys honteuses & secretes
Qu’on dict, cestoient n’yaises indiscretes.
Car quand avoient a un cueur donné
Ne leussent oncq pour rien abandonné
Toutes estoient & jour & nuyct pensives
De leurs amantz relisans les missives
Et les faisant coucher avecques elles
D’ardent desir entre leurs deux mamelles.
Et les aymoient comme simples & nyces
Plus que joyaux & fourreures de Nices.
Pour leurs amantz perdoient boyre & manger
Mettant leur vie en perit & dangier
[Page]
A iiij
Et enduroient tant de griefves douleurs
Que pour le moins portoient palles couleurs,
Et touteffoys par telz faictz inhumains
Contre leurs cueurs ont converty leurs mains,
Et qui estoient belles & bien formées
En vile corps ont esté transformées.
Bien cher vendu leurs estoyt ton plaisir,
En les faisant de telle mort gesir
Leur jeu estoyt de composer epistres
Dont on en voyt en Ovide les tiltres,
Et perdre temps a lyre un tas de livres
Qui les rendoient de tous plaisirs delivres.
Elles prenoient pour precieuses choses
De leurs amys un chappellet de roses
Mays non apres de guerdonner remises
L’une donnoyt mouschouers & chemises,
Laultre en fin or quelque riche devise
La ou estoyt sa pourtraicture assise :
De telle erreur cause estoyt l’inscience
Faulte d’avoir des miennes la science
Et de n’avoir frequente leur escolle,
Ou la doctrine est de fruict non frivole.
Pour neant nest dict, mays chose certaine,
Que Paris est de scavoir la fontaine.
Dont n’ont pas tord de t’avoir depose
[Page]
A v
Et en ton lieu moy doulx prince posé
Du quel les loix doulces & naturelles
Ont confondu les tiennes tant cruelles
Qui a bon droict ont este reprimées
Et justement les miennes approuvées.
En les gardant de bon & franc couraige
Myeulx que ne font la loy de mariage.

2. Ordonnance d’Argent

En premier lieu je leur ay faict defense
De ne vouloir a leurs corps faire offense
Pour leurs amys comme tes amoureuses
Mays en tout temps soient guayes & joyeuses
En frequentant festis, bancquetz, & festes
Et que le dueil ne tourmente leurs testes.
Je leur permectz dormir toutes les nuyctz
Les dispensant ne prendre aulcuns ennuyctz
Pour mieulx traicter leur delicate chair
Sans poinct penser en amy tant soyt cher.
Et toutesfoys luy feront bonne mine
Dont payera les despenses & amendes.
A leur coucher prendront un laict d’amendes
[Page]
A v
Qui les tiendra fresches & bien disposes
Dedans leur lict entre courtines closes.
Sur le matin pour avoir le beau tainct
Qui se ternist la nuyct & le destainct
Humer pourront un petit oeuf molet
Ou un bouillon cuyt avecq’ un poulet.
Puys se feront suer sus l’aureiller
En essayant un peu de sommeiller.
Je l’eurs ay faict autre commandement
Ne s’arrester a un tant seulement
Et quand fera quelqu’un d’elle party
Qua l’aultre apres facent un tel party.
Mays pas n’entends que les pauvres & chiches
Ayent acueil si humble que les riches
Car cest raison de deferer honneur
A cil qui est le plus large d’honneur.
Et sy seront mes damoyselles fieres
A saluer honnestes gens fort fieres.
Consequemment que soient bien perfumées
Car pour cela en seront estimées
De plus hault pris & tousjours bien en ordre
Daffiquetz d’or & sans aulcun desordre
Car telz gluaux sont duppes consommer
Et bien souvent de pauvrete sommer.
Pource qu’il fault que le present consonne
[Page]
A vj
Au riche habit & reluysant personne.
A soy farder auront eaux distillées
Ou quelque unguent comme sont bien stillées.
Je ne veulx pas oublier la pommade
Pour refreschir leur leurre seiche & fade.
Pour apparoir gentes & sadinettes
Leurs corps seront estrainctz de cordelettes.
Dessus leurs yeulx yront cheveux au vent
Car cella dit. Cest icy qu’on les vend.
Les advertir d’ordonner leurs mamelles
Sus l’estomach sen fault fier en elles
Qu’elles scauront descouvrir un petit
Pour proucoquer des hommes l’appetit.
Au temple iront, voyre pour muguetter
Leurs pingeonneaux qui la lesvont guetter
Et soubz couleur de leurs devotions
Entre eulx feront leurs assignations.
Bien ay voulu ainsi leurs commander
De non jamais se faindre a demander
A leurs mignons mesmes aux testes rases
Car par ceulx la seront riches leurs cases
Et mangeront de maintz friands morceaulx.
Sans ce, maris des dames ainsy graves
Ne les pourroient entretenir tant braves
[Page]
A vj
Avecq’ lesquelz j’ay d’accord convenu,
Ne s’enquerir dont je seray venu
Et par l’accord ne leur sera besoing
Des joyaulx d’or & robbes avoir soing
En promettant qu’en tout temps & saison
Lon voise veoir la dame en sa maison.
Sy du mary l’amant a craincte ou doubte
Semblant fera ce mary ny veoir goutte,
En le laissant avecq’ sa femme faire
Faignant d’avoir en ville quelque affayre.
Aussy apres il s’en trouvera bien
Car les gros frays ne luy cousteront rien
Quand porteront le dueil de leurs marys
Feront semblant d’avoir les cueurs marrys
Pour en siffler d’aultres a leurs pippées
Mays au couvert soubz ces blanches pelices
Continueront leurs plaisirs & delices.
Et sy entends que les adolescentes
Observent bien de leurs meres les sentes
Affin qu’apres en aage plusparfaicte
Lon dye cest la mere toute faicte
Pas je ne vueil qu’une d’elles s’amuse
A lire esccriptz, car cela les abuse
Que sy quelqu’un leurs envoye une epistre
Ou un dizain, si je ne suys en tiltre
[Page]
A vij
Mutes seront, car je vueil de par moy
Soyt l’introite en finissant par toy.
J’en scay assez qui scavent ce mestier
Mays les nommer il n’est point de mestier.
D’aymer tournoys & les vertus bellicques
Je leurs deffends comme vaines practicques
Car si l’un est pour elle, desconfit
Cest vaine gloyre ou n’y a nul profit
Qui est le blanc la au {} je veulx que tendent
Pource que scay ou leurs miens cueurs pretendent.
Apres seront en entrant en besoigne
En delaissant tout honneur & vergoigne
Par tous endroictz a prendre curieuses
Et a donner lentes & paresseuses.
Donner pourront une foys la sepmaine
Boucquetz de fleurs garniz de marjolaine
Ou aultre cas de petite valeur
Cas {} les grands dons ne portent que malheur
Mays pour leur bien je veulx que soient venales,
En se vendant comme les bleds aux Halles,
Et qu’elles soient au baiser difficiles
Mays au deduict humaines & faciles
Ne refusant es festes & festins
A leurs iyseaux manier leurs tetins.
[Page]
A vij
Et que pendant q’ua baler on s’esgaye
Es cabinetz prenent une biscaye.
Pour couverture auront quelque Matrone
De gravité qui conduira le trosne
Car de penser donra occasion
Que tout ce fait en bonne intention.
Sy quelque amy tant soit de bonne grace
Entre sans moy qu’on destourne la face
Et quand aulcun en sera despourvueu
Semblant feront ne l’avoir jamais veu,
Combien que tous ses parentz & amys
Pour les aymer en arriere aura mys.
Et que dorez soient cabinetz & plaintz.
Je vueil aussi que sy leur honneur touche
Pour se vanger qu’on luy baille une touche,
Et que ton nom hors d’usance soit mys
Sans plus nommer Amours leurs amys,
Mais par Argent pour l’honneur d’Avarice
Car ce surnom comment a leur office.
Scauroys tu doncq’ en rien me contredire
Que de nous deulx il n’y ait trop a dire ?
N’ont elles pas le bien pour mal choisy
En acceptant le frays pour le moisy ?
Donné leurs ay pour servaige franchise :
[Page]
A viij
Affin de vivre a leur desiree guise.
Bien ont esleu la plus facile voye car sans ennuy auront toute leur joye.
Ne suis je pas comme le feu a l’eau
Contraire a toy & plus doulx & plus beau ?
Parquoy bien tost pense te retirer
Allant ailleurs tes dards infectz tirer.
Tu ne feroys icy rien que morfondre
Sy par tes ars voulys les miens confondre.
Retire toy es lieux sans longues poses
Ou tu as fait tant de metamorphoses.
Vaten chercher Thisbée & Deiphile
Philis, Phædra, & de Minos la fille
Et ta Dido a qui feis de bon tour
Quand veit sus mer Enee de sa tour :
Va visiter le cueur de Penelopé
Ou si long temps tu fuz envelopé
Et Portia ta loyalle Romaine
Que mourir feis de mort tant inhumaine.
Sinon vaten trouver pour le plus court
Chasté vertus & honneur en la court.
Cest la, cest la ou tu te doibs tenir
Malheureux sort te feist ycy venir :
Car tu as cy mal desployé tes tentes
Pour y trouver femmes sy violentes :
[Page]
A viij
Va leur former ta piteuse complaincte
Que ta puissance en Paris est estaincte
Mays en premier de toy triumpheray
Et deshonneur de vaincu te feray.
Et si auray d’un nouveau dieu la marque
Pour en ton lieu estre mys en Petrarque
Dont jeunes gens & vieulx & beaux & laids
Sans excepter mecanicques & lays.
Puys qu’il a pleu aux dames me donner
Le lieu damours & de l’abandonner
Et que sus luy j’ay eu tel advantaige,
Venez a moy faire foy & hommaige.
L’art de jouir maintenant vous enseigne
Cest que portez aux dames mon enseigne
Car poinct n’y a de plus belles ymaiges
Pour convertir Parisiens couraiges.
Chacun de vous sera le bien venu
Et moy present le cher amy tenu
Mais sy perdez tant soyt peu ma presence
Vous serz mys du tout en oubliance
Laissez vertus, honneur, dances, ballades :
Car ce les rend fascheuses, & malades.
Sy je ne suys au premier lieu posé
Et en presentz &banquets exposé :
Venez trestous ma personne conduyre
[Page]
B j
Sans plus vouloir a amour vous reduyre
Duquel vexez membres, espritz, & cueurs
Serez sans peine en mon signe vaincueurs.
Ce conquereur lors allant par les rues
De riches draps & dorures tendues
Pompeusement en char victorieux
Dedans Paris triumpha en maintz lieux
Du dieu d’Amours triste & humilie
Trop rudement garroté & lye.
Et cela faict comme personne ville
Le pauvre enfant fut banny de la ville.

3. A l’honneur d’une dame de Paris honneste & loyalle

Quelqu’un me dist quand la nuyct feut venue
Qu’on l’avoit veu en l’ombre d’une nue
Entrer dedans le logys d’une dame,
Qui a Argent donnoit merveilleux blasme
Une apperceuz qui son dueil me celloyt
& croy qu’Amour chez elle recelloyt
Car digne elle est d’estre d’Amours, hostesse
J’entends d’Amours de vertus & saigesse.
[Page]
B j

4. Excuse aux honnestes & loyalles dames & damoyselles de Paris

De vous ne parle (Argent) honnestes dames
Desquelles sont sy preieuses ames
Que ne vouldriez pour toute sa richesse
Avoir le nom de femme pecheresse,
Qui guardez foy en loyal mariage
En esperant le promys heritaige.
Combien qu’ayez precieux ornementz
Riches joyaulx parfumés vestementz
Chef apparent en toute honnesteté
Car cella n’est contraire a chasteté.
Et qu’il soyt vray j’ay la raison idoine
Que non l’habit mais le cueur faict le moine
Que sy Amour daulcunes est vainqueur
Tout cela vient de gayeté de cueur
Obstant qu’a mal estes assez éstranges
Mays pas n’avons privilege des anges.
Argent n’a pas sus voz cueurs ce credit
De vous induyre a ce quil a predit.
Car je scay bien qu’en qualque lieu qu’il aille
Vous l’estimez moins qu’un festu de paille
Ayant honneur tresbien recommande
Ainsi que dieu le vous a commandé.
[Page]
B ij
Quand cest escript de luy sera party
En l’excusant vous tiendrez son party
Je m’en fais fort & point n’en rougirez
Mays en vous cueurs joyeulses en rirez,
Et sy direz qu’il a dict verité.
Par quoy de vous me srra {} irrité.
Je ne dys pas que le veuillez ensuyvre
Et ces beaux faictz & ordonnance suyvre,
Mais vous direz que par certaines choses
A descouvert au vent le pot aux roses.
Je pense bien que les brebis roigneuses
Ne seront pas en elles trop joyeuses,
Et toutesfois ainsi comme vous bonnes
Qui bien montrez voz loyalles personnes
Excuseront, car une bonne amye
De son amy tel ne mesdyra mye.
Si d’Argent font injurieuses plainctes
Quand se verront ainsi au vif bien painctes
Et qu’en leurs cueurs elles d’accuseront
Il nommera par nom &par surnom
Celles qui ont de luy ce bon renom.
Dont tenir fault les langues en arrest
En delaissant le monstier ou il est.


FIN.
[Page]
B ij

5. Response faicte a l’encontre d’un petit Livre, intitulé le Triumphe & la Victoire D’argent contre Cupido n’aguieres vaincu dedans Paris. Par maistre Charles Fontaine.



[figure]

Lundi dernier je me mis sur lesrancz
Pour aller veoir juger des differentz
Au grand palais ou Cupido preside,
Et ou Venus avec leur train reside
La force arrest obtindrent amoureux
Les aulcuns doulx, les aultres vigoureux,
[Page]
B iij
Car on plaida ce jour a court ouverte
Au beau parquet de la grad’ salle verte.
Par vray raport entre aultres, accusé
Fut un quidam, de trop [s]’estre abusé
En escripvant au grand despris du juge
Qui sans faveur, les deux yeulx bendez, juge.
Lors Cupido de son siege levé
Comme indigné & par ire elevé
Commande tost a ses huissiers le prendre
Et sans delay dedans le parquet rendre.
Ce quidam la se trouvoit voluntiers
Dedans ce lieu plus souvant qu’aux montiers.
Aussi je croy (ne luy vueille desplaire)
Qu’il n’estoit pas qu’il n’y eust quelque affaire,
Donc sans sejour il fut trouvé & prins,
Mené au parc & asprement repris.
Car vray raport avoit en forme belle
Fait & forme contre luy un libelle
Qu’il proposa devant tous assistans
Disant ainsi. Sire puis peu de temps
(Au filz Venus adressant la parole
Telle qu’elle est icy mise par role)
Cest homme a fait un scandaleux traicté
Auquel maint cas contre vous est traicté
De vostre honneur par trop diffamatoire,
[Page]
B iij
Tendant affin d’abolir vostre gloire,
Vostre pouvoir, vostre fame, & bon loz,
Il a ose proposer de telz motz :
Que vous avez tant debile foiblesse
Que vostre dard plus ne guarit ne blesse :
Que voz flambeaux s’estrainent tout ainsi
Que charbon rouge en eau froide noirci :
Qu’a vostre mere en avez fait complaincte :
Que vostre force en Paris est estaincte
Quand a receu (comme il dit) un regent
Au lieu de vous, lequel se nomme Aegent :
Quavés perdu dessus parisiennes
Vostre pouvoir, voz vertus antiennes.
Brief ses escriptz, ses compositions
Sont contre vous toutes positions.
Les assistans comme tous rempliz d’ire
En murmurant commencerent a dire
S’il est ainsi, il est digne de mort.
Lors franc vouloir qui fut irrité fort
Non seulement pour les mesdictz & blasme
De Cupido, mais aussi que les dames
Honnestes tant dont Paris est aorné
Par ce meschant a mensonge adonné
Sembloient avoir encouru desestime,
Dont tout a plat en dit ce qu’il estime,
[Page]
B iiij
Devant le juge & tous les assistantz
Qui de l’ouyr ne furent resistantz,
Et de grand cueur soustenant leurs querelles
En commenca ainsi parler pour elles.
En ensuyvant le propos ja touché
Qu’en ce traicté enormal est couché
Que maintenant (ce sont parolles siennes)
Domine Argent sur les parisiennes
Et non vous sire, Et allegue raison
Qui vaille un chou, car en tout son blason
Qu’il soit ainsi qu’il dit, il presuppose.
Mais ce n’est pas merveille, quand il ose
Mesme sur vous sire entreprendre, en quoy
Besoing sera luy faire tenir quoy
Doresnavant sa plume sans mesdire :
Mais par avant que refuser son dire
Je vouldrois bien declarer en briefz motz
Quel homme cest dont veulx tenir propoz.
En protestant estre induict a ce faire
Pour refrener l’audace temeraire
D’aulcunes gens voulant supediter
Celuy qui est maistre de Jupiter.
En protestant aussi parler pour celles
A qui tousjours nous avons eu bons zeles.
Celles qui ont le bruit en ceste court :
[Page]
B iiij
Celles de qui tout bien, tout honneur, sourd.
Premierement cest homme est un estrange
De qui chacun homme de bien l’estrange
A qui plusieurs meschans gens sont conjoinctz
S’il est besoing je produiray tesmoings.
Il presumoit par trop lourde asseurance
Que de son faict on auroit ignorance
Quil soit ainsi (s’il maintenoit que non)
Il na voulu mettre au traicte son nom.
Chascun scait bien que cest un malevole
Qui ses escriptz remplit tous de frivole,
Un presumeur audacieux quoquart
Qui a es dens tousjours quelque brocart
Un grand bourdeur inventeur de mensonge
Qui en tout temps sur les vrays amantz songe
Detractions, injurieux mesdictz,
S’il est question je prouveray mes dictz.
Mais qu’ainsi soit (sans que plus mot en sonne)
Assez le dit & monstre sa personne.
Disent aulcuns quil est filz dun cardeur
Qui en son temps estoit grand brocardeur :
Communement le filz ressemble au pere
Soit qu’il merite ou loz, ou vitupere :
Or voyez quel le pourrez reputer.
Mais pour venir a ses dictz consulter,
[Page]
B v
Premierement quand aux parisiennes
Quelcun plus tost les aura par ris siennes
Par doulx accord, par gracieux maintien,
Par courtoisie, & par bel entretien
Que nauroit pas par tout autres manieres,
Et il les vient reputer comme asnieres
Au faict d’amours, ha il n’y entend rien.
Un lait quinault (dit Il) grand terrien
Sera plus tost prisé & aymé d’elles
Qu’honestes gens en amour bien fidelles.
Si tu entens d’honestes comme toy
Je t’en croy bien. Mais a ce que je voy
Quand tu ne peulx avoir leur jouyssance
A ton plaisir, par dueil & desplaissance
Que tu conceuz, au lieu de les aymer,
T’es ingeré de les vouloir blasmer,
Et en ce dont il n’y eut jamais tache.
Celuy n’y a si petit qu’il ne sache
Que les Francoys sont liberaulx & francz
Leur naturel est plus tost d’estre offrans
Que demandeurs : & on le cueur de France
Un chacun prent, la fera demourance
Desir d’amour ou liberalite
La avarice ha cest subtilité
Bien grand a toy qui fais deux opposites
[Page]
B v
Ensemble uniz pas raison non petites.
Femmes qui ont a vray amour le cueur
Or ou Argent n’est point d’elles vainqueur.
Dis donc cela ou des Egiptiennes
Ou d’aultres gens, non des parisiennes.
Rien ne soit dit sinon a leur honneur,
Qui en dit mal en ha le deshonneur.
Si leurs amis leur donnent Argent, Perles,
Anneaux, Rubitz, fault il que tu en parles.
Si des presens elle recoivent d’eulx
Est ce cela dont tu te plains & deulx ?
En refusant auroient vergongne & honte
Car ne tiendroient de leurs amis grand compte :
Et de ceulx la plus principalement
A qui ilz ont leur secret parlement.
Mais on les veoit plustost donner que prendre
Et filz ont prins pas bon moyen le rendre.
Dont, en prenant & en lieu & en temps
En sont Venus & Cupido contents.
Car leur vouloir tant courtois, ne s’assotte
A tousjours prendre, il fault prendre de sorte,
De tousjours prendre, il n’est pas saison
Sans offenser on prend bien par raison.
Je ne dis pas qu’aulcunes indigentes
Ne preignent bien pour se maintenir gentes,
[Page]
B vj
Et mesmement que Perles, Diamans,
Anneaux, Rubis, ne facent des amans :
Mais il s’en fait sans nombre d’aultre sorte.
N’ouvre lon point que par Argent la porte ?
Ne fait on rien si non que par Rubiz,
N’a lon acces qu’en baillant des habitz ?
Si a si a. Un homme en simple saye
Qui son povoir & sa vertu essaye
Au faict d’amour, aussi tost jouira.
Comme celuy qui riche se dira.
Quand au surplus ces opprobres & crimes
Qui contre vous sont meslez en Rhime
Reprouveroient s’il en estoit besoing,
Mais je ne voy que je preigne tel soing
Car attendu qu’ilz sont trop execrables
Pour reciter devant gens tant notables,
Oultre par tant qu’un petit de raport
Vous en a fait cy devant vray rapport.
Pareillement de paour que trop long soye
Je m’en deporté. Or vous avez la voye
Du jugement que vous devez donner,
Vous vouldriez vous du tout abandonner
A ces meschans : vostre court souveraine
Y ait esgard. Estimez quelle peine
Peult meriter ce faulx & delinquant,
[Page]
B vj
Vous congnoissez & qui, & quoy, & quand :
Parquoy vueilles donner telle sentence
Que le requiert & veulx vostre constance.
Ne permetez abolir vostre court
Par ce meschant par qui tant d’abus court,
Ne permettez que noz tant bien aymées
Dames d’honneur perdent leurs renommées.
Ne permetez que vostre loz & bruit
Par ce faulx homme a present soit destruict,
Ce qui fera du tout a vostre gloire
Et grand profit, ainsi qu’il est notoire :
Car vrays amantz par ce beau jugement
Si bien jugez auront soulagement.
Incontinent sa parolle finie
Se va lever un de la compaignie
Pour repliquer, faulx entendre nommé
Lequel estoit du delinquant aymé,
Me dit ainsi. Messieurs si je m’avance
Et n’entremetz prposer la deffense
De l’accusé pour soustenir son droict
Qui m’apparoist, cela peu ne vauldroit
Si voz escriptz estoient legiers de croire
Ce que chacun dit en son plain consistoire,
Que si quelcun vous semble dire bien
Il est raison pourtant d’ouyr combien
[Page]
B vij
Ou pis ou mieulx dira son adversaire
Car autrement souvant en pourroit faire
Du droict le tort, & mes Rhetoriqueurs
Par dire beau seroient tousjours vainqueurs.
Hommen’auroit sinon en eulx fiance
Plaise vous donc me donner, audience.
Je diray peu mais il sera bien dict
Comme j’espere, & sans aulcun mesdit
Qui ne convient a un qui advocace
Mesmes encor icy en belle place.
En premier lieu cest homme non rusé
De povreté a esté accusé,
De bas estat furent ses pere & mere,
Desquelz nouyz oncques parole amere :
Bonne a esté leur conversation
Mais or touchant sa proposition
Bien veulx que soit vostre court advertie
Qu’on la doibt prendre en meilleure partie
Que n’a pas fait l’advocat franc vouloir
Mais q pourroit mieulx scavoir le vouloir,
Et levray sens que lautheur : duquel l’œuvre
Demonstre assez le faict & le descoeuvre :
Jentens qui veulx en bien l’interpreter
Sans trop aux lieux scrupuleuz s’arrester.
Et s’il advient qu’on ne les puisse entendre.
[Page]
B vij
De l’autheur fault bonne response attendre
Car en rigueur dinterprétation
Trop auroit lieu la retractation.
Voilà le cas plus grief qu’on luy impose
Ou je ne voy apparence de cause :
Mais au surplus quant aux petis objectz
Il m’est advis que nous sommes subjectz
Respondre à tout veu qu’ilz sont sans mesure
Et qui plus est la plus part n’est qu’injure.
Jay fait selon mon office & debvoir
Qui a le droict il vous plaira de voir.
Lors Cupido a ses huissiers commande
Dessus le champ et sans delay qu’on mande
Querir le livre icy mentionné.
L’accusé fut adonc bien estonné,
Et non luy seul, mais son advocat mesme
Presentement devint tout palle & blesme,
Dont on pensa que grand deuil & douleur
Leur fait muer a tous deux la couleur.
Incontinnet {} on advise a la porte
Celuy venir qui le traicté apporte,
Cupido l’ouvre & va aux presidens
Et conselliers qui estoient la dedans
Pour leur monstrer & avoir leur sentence
Leurent dedans avec bonne constance.
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Aucunesfois il plioit le feuillet
Comme notant un passaige sollet
Lequel povoit contre son facteur nuyre,
Si firent fin de cousulter & lire,
Puis Cupido vint pronuncer l’arrest
Du delinquant tel comme icy mis est.
La court si a ordonné & ordonne
Par son conseil & sentence tresbonne
Comme ainsi soit qu’ait commis cest esté
Un crime & cas dellese majesté
Ce composeur encontre moy son prince.
Banny sera de toute ma province :
Son livre aussi (le tout bien calculé)
Publiquement sera ars & bruslé
Pareillement pour la faulte & traficque
De l’Imprimeur, tous ses biens on confisque.
Oultre il est dict que ce faulx blasonneur
Reparera aux dames leur honneur,
Desquelles a mal parlé en son livre
Que si encor telz traictez il leur livre
Ou par brocards les picque, poinct ou mort
En informant sera jugé a mort.
FIN.
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Almanque Papillon. Date: 1537